Saint Jean de Luz


C'est la cité la plus roturière qui a toutes mes faveurs.

 

Saint-Jean-de-Luz n'a pas eu la préférence de la jet-set, elle ne se targue pas d'accueillir les vedettes du cinéma mondial. Elle est pourtant sans doute celle qui présente à mes yeux le plus de charme et qui condense aux yeux des touristes la plus grande « basquitude ».

 


Comme ses voisines, elle doit beaucoup à l'Océan.

Autant sa prospérité passée ou présente que ses malheurs. La proximité de l'Espagne et de la frontière a eu les mêmes effets, terribles ou appréciables.


Au commencement bien sûr, et comme toujours, il y a un site. Saint-Jean-de-Luz, c'est Donibane Lohizune en basque, c'est-à-dire Saint-Jean-des-Marais. En effet, toute une partie de la ville, en gros à l'est des halles et de la gare, fut pendant des siècles inhabitable car envahie par la marée deux fois par jour.

Le courant de flot, en remontant le cours de la Nivelle, à l'époque divagante car non endiguée, occupait ainsi un espace qui aujourd'hui constitue les quartiers (Fargeot, Urdazuri) nés au début du XXe siècle entre relief et vieille ville.

 

Le « Luz » n'a donc rien à voir avec la luz (« lumière ») espagnole, même si la transparence de l'air peut parfois donner l'impression de percevoir le fameux rayon vert (je confesse l'avoir guetté plusieurs étés de suite). Cela explique aussi que l'on reconnaît l'estivant à sa prononciation du nom de la ville, mais il est identifié bien avant !


Saint-Jean-de-Luz, c'est aussi une baie, admirable et surtout unique sur la portion française de la Côte basque.

Viennent parfois y mouiller l'été de gigantesques paquebots de luxe chargés de touristes anglo-saxons en route pour Bordeaux ou l'Espagne.

La qualité de cette baie a conduit, sous l'Ancien Régime, à bien des projets visant à créer un nouveau Toulon ou un nouveau Brest. Le visiteur aujourd'hui la perçoit aménagée, mais l'histoire des trois digues qui barrent l'horizon révèle que l'Océan ici a longtemps été une menace. Vauban, déjà en 1686, sous le règne de Louis XIV, avait conçu un projet de fermeture partielle de la rade.

 

Il fallait un havre sûr pour la Royale en ces temps où l'Anglais régnait en maître sur les mers. C'est que, à Saint-Jean-de-Luz, la houle est dévastatrice. Sa puissance est telle que régulièrement elle attaquait le quartier de la ville le plus exposé. Je l'ai appris un jour qu'enfant je faisais des pâtés : mon père évoqua incidemment la ville engloutie et je me voyais déjà, tel Indiana Jones ou le commandant Cousteau, en explorateur d'une nouvelle Ys.

 


De fait, sous la Grande Plage actuelle, dans sa partie comprise entre la Pergola et la digue du port, repose, submergé par le sable et les flots, le quartier disparu.

Il s'appelait le quartier de la Barre et apparaît dans les archives lorsqu'il s'agit d'indemniser certains de ses habitants qui ont vu leur maison détruite.

Même la construction d'un mur de garantie sur la plage elle-même n'y a pas suffi : la mer fut toujours la plus forte. En 1782, un « ouragan terrible » détruisit quarante maisons et le couvent des Ursulines. Ce n'était plus seulement un quartier mais toute la ville qui était menacée. D'autant que l'accès vital au port se trouvait lui aussi contrarié malgré l'existence de jetées.

La construction du seuil de garantie, qui existe toujours et qui est foulé par les promeneurs le long de la plage dès le début du XIXe siècle, ne fut pas suffisante. C'est seulement grâce à un décret impérial de 1863 que les travaux longtemps différés faute de crédits furent entrepris. Les trois digues actuelles furent construites.

 

Au nord, celle de Saint-Barbe s'appuie sur la pointe rocheuse aujourd'hui prisée par les promeneurs pour la vue qu'elle donne sur la ville et la Rhune à l'arrière-plan.

Au sud, depuis le fort de Socoa, une deuxième digue tente spectaculairement d'entraver le travail de sape de la houle. Enfin, barrant la baie comme un long et bas vaisseau à l'ancre, le môle de l'Artha, appuyé sur des hauts-fonds, brise les lames. Rien n'est définitif et, tous les ans, l'été, les services de l'État font couler une cinquantaine de blocs de béton à son pied.

 

 Photos prises par Charlie Lusseau.

 

 saint-jean-de-luz (2018). Dans pays basque une terre, l’océan et des hommes .

 

Nagusia, marque de vêtements basques.